Pèlerin n° 6433 • 16 mars 2006
4 CONSEILS POUR JARDINER BIO
Jardiner bio, c'est économiser l'eau, travailler moins mais judicieusement pour se passer des désherbants, fongicides et autres insecticides. Alors, n'hésitez pas, d'autant que l'année s'annonce sèche et qu'une loi limitant l'usage des pesticides va être votée ce printemps...
Préserver la planète, cela commence dans son jardin ! Le jardinier bio a en effet de nombreux moyens à sa disposition pour respecter la nature : le paillage enrichit le sol en humus ; l'association bien réfléchie des cultures élimine binages, apports d'engrais, maladies et attaques de prédateurs ; certaines plantes ont la vertu d'enrichir le sol, d'autres permettent de se débarrasser des insectes nuisibles ; enfin, il existe des champignons microscopiques qui peuvent stimuler, de manière 100 % naturelle, la croissance de vos plantes. Bref, dans un jardin bio, même en cas de problème, les solutions sont à portée de main, sans danger et souvent gratuites. Il suffit parfois d'un premier pas pour changer ses habitudes. Suivez notre guide !
1. Pailler pour moins travailler
« Depuis neuf ans, je ne bêche plus ! » proclame Jean-Marie Lespinasse, jeune retraité de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), qui présente sa panoplie : une fourchette à main, divers petits plantoirs, une vieille cuillère... Il jardine pourtant dans une terre de misère, légère, filtrante, maigre, prompte à sécher dans cette région ensoleillée des Graves, en Gironde. Son secret ? Toutes ses plates-bandes sont tapissées d'un paillage épais de 5 cm, été comme hiver. De même que dans la nature, où les feuilles mortes enrichissent en humus la terre des sous-bois.
Selon les moyens du bord, on paille avec toutes sorte de feuilles orties, fougères, algues, branches broyées, paillette de lin, paille, gazon...
Chacun de ces paillages a son propre rythme de décomposition : trois mois pour les orties et les algues ; six mois pour le gazon, la paille, la paillette de lin, les feuilles mortes ; un an pour la fougère. II faut donc compléter la couverture du sol dès qu'elle s'amincit. On s'en aperçoit au premier coup d'oeil, car un
paillage homogène ne laisse Le paillage multiplie les filtrer aucune mauvaise herbe.
Le paillage convient à toutes les plantes de plus de 5 cm de haut. L'ail, les oignons, les échalotes, les oeillets, le préfèrent léger : fougère cueillie verte et orties fauchées avant leur floraison deviennent fines comme du papier en l'espace d'une semaine, et enrichissent et protègent le sol, sans étouffer ces plantes sensibles à la pourriture. Les pivoines, les tomates, les courges, les potirons, les rosiers, les arbres fruitiers et les petits fruits apprécient, au contraire, les paillages épais, de 10 cm et plus.
Pour se transformer en humus, ce tapis végétal consomme un peu d'azote. En le saupoudrant une fois en juin avec des cendres de bois, du lithotamme ou de la dolomie à raison de 50 g/m2, on évitera que cette métamorphose ne se fasse au détriment des plantes protégées. En sol calcaire, diminuez cette dose de moitié pour bénéficier de l'effet acidifiant de l'humus végétal qui, ainsi, rééquilibre le sol.
Un jardin paillé se contente de peu d'eau. On peut partir en vacances sans soucis
Le paillage multiplie les avantages : il protège la terre de l'érosion et du tassement. Finis les terrains battants impraticables longtemps après une grosse pluie. D'autre part, il stimule la vie du sol et tout un petit monde discret, du ver de terre aux micro-organismes, se met en marche pour transformer ce tapis protecteur en humus nutritif et spongieux. Finis les engrais qui migrent vers le sous-sol, polluant la nappe phréatique : cette couverture vivante retient les éléments nutritifs en surface, pour le plus grand profit des cultures. Si bien que Jean-Marie Lespinasse peut aussi proclamer avec fierté qu'il n'utilise aucun engrais d ns son potager florissant !
Enfin, un jardin paillé se contente de peu d’eau. On peut partir quinze jours en vacances sans prévoir aucun arrosage du potager en plein mois d'août. Et si l'on associe judicieusement les cultures, par exemple chou et asperges, laitues et fraisiers, on diminuera encore les besoins en eau.
2. Remplacer l'encrais par des légumineuses
Les légumineuses (pois, haricots, fèves, doliques) rendent l'azote de l'air assimilable par les plantes voisines en le fixant sur leurs racines. Il faut juste les laisser sécher sur place après les récoltes pour que le processus ait le temps de s'accomplir, ce qui fera frémir les amateurs de jardin « propre » ! Associées aux plantes gourmandes, elles remplacent les apports traditionnels de compost ou d'engrais. Par exemple : haricots et tomates, courges ou maïs, pois ou fèves et choux vivent en bonne compagnie... Jean-Marie Lespinasse a généralisé ce système en parsemant toutes ses cultures de petits poquets de graines de luzerne qu'il fauche régulièrement pour pailler les plantes voisines. La luzerne est vivace et peut rester en place durant quatre ans.
Bien que beaucoup de jardiniers bio déconseillent d'associer légumineuses et ail, oignon ou échalote, nous n'avons jamais observé d'inconvénient à les cultiver côte à côte dans une terre bien argileuse. Mais il est possible que cela dépende de la qualité du sol où on les cultive. Une fois les récoltes terminées, un semis de vesce ou de trèfle occupe le terrain, puis leurs tiges fauchées avant floraison sont répandues en paillage ou bien enfouies en surface. Au jardin d'ornement, on associe les pois de senteur annuels et vivaces aux fleurs et arbustes.
3. Attirer les prédateurs des parasites
Cultiver des fleurs parmi les légumes et les arbres fruitiers est non seulement joli mais fort utile. Ainsi, un tapis de capucines garde le sol meuble et attire les pucerons, qui feront les délices des mésanges. Il faut parfois accepter de sacrifier quelques corolles. Les perce-oreilles, très friands de pucerons, se nourrissent également de pétales de dahlias. Les syrphes, guêpes menues et toujours en mouvement, n'ont même pas ce défaut. Les ombelles de l'aneth et du fenouil, les marguerites simples ou doubles (soucis, rudbeckias) et les belles-de-jour et de nuit les attirent pour le bonheur du jardinier. Leurs larves dévorent des quantités de pucerons. Celles des chrysopes ajoutent à leur menu cochenilles et acariens. Devenues
adultes, fluettes silhouette diaphanes aux ailes de résille vert pomme, elles butinent les fleurs bleues des népétas, petits ou grands, sans les endommager. Si on leur offre un abri rempli de paille, elles s’acclimatent vite au jardin. Parmi ces insectes prédateurs, les coccinelles sont les plus connues, mais elles préfèrent habiter dans les orties. Il est souhaitable de ne pas arracher ces dernières «pour faire propre », car non seulement les désherbants sont inefficaces contre ces plantes aux racines noueuses, mais les orties sont une aubaine pour les jardiniers bio ! Mieux, comme elles donnent le meilleur d'elles-mêmes juste avant leur floraison, en les fauchant deux à trois fois l'an, vous en tirerez tous les bénéfices et ne risquerez plus d'en être envahis.
4. Stimuler plutôt que traiter
Riche en fer et en azote sans compter une pléiade d'oligo-éléments, l'ortie est un stimulant reconnu. Jean-Claude Chevalard l'apprécie tant qu’il est devenu « orticien ». On lui doit la recette du fameux purin d'ortie. Il la propose aussi en farine, la « fine d'ortie ». Une seule cuillérée remplace la poignée de feuilles vertes que les jardiniers enfouissent au fond du trou de plantation de leurs tomates, courges, melons, poivrons et autres légumes gourmands. Depuis 2003, l'association Terre vivante teste les effets de son purin d'orties dans ses jardins et chez une vingtaine de lecteurs de sa revue, Les Quatre Saisons du jardinage. Le verdict est clair : les tomates, arrosées tous les quinze jours avec ce dopant dilué dans l'eau à 20 % sont en meilleure santé que leurs congénères et leur récolte de meilleure qualité. Si on le pulvérise sur le feuillage, de préférence le matin, la récolte est plus précoce d'une dizaine de jours. Le nec plus ultra : associer purin d'orties et de consoude. Cette dernière, riche en bore, a un effet bénéfique sur la formation des fruits. Les jardiniers qui ont testé ce cocktail l'an dernier pour Terre vivante ont fait de magnifiques récoltes... Alors que chez les jardiniers qui n'ont pas utilisé cette recette, les tomates furent si misérables que nombre d'entre eux se sont demandé s'ils n'avaient pas perdu leur main verte !
L'ortie est une aubaine pour jardiner bio ne la détruisez pas
La prêle est fortifiante et fongicide. Riche en silice, elle ravigote toutes les plantes malades. Associée à l'ortie, elle ranime les pelouses anéanties par la sécheresse. Jean-Claude Chevalard lance cette année un « lait d'argile ». Les résultats de ses essais corroborent ceux effectués par les arboriculteurs bio de la région d'Avignon : ce produit se montre efficace pour soigner notamment la moniliose qui, depuis quelques années, s'abat sur les arbres fruitiers.
Les endorizes, des champignons microscopiques hôtes des racines, sont des stimulateurs de croissance peu connus. Ils favorisent l'enracinement des plantes, les rendent plus résistantes à la sécheresse, moins sensibles aux maladies et peu gourmandes en engrais, car ils leur permettent d'assimiler le phosphore présent dans le sol. Mieux, il suffit d'une seule dose pour doper à vie la plante qui en reçoit. Bien qu'ils soient disponibles en jardineries depuis sept ans, ils sont encore peu utilisés dans les jardins. Pourtant, les professionnels qui les ont découverts ne tarissent pas d'éloges sur leurs effets...
La gamme des produits biologiques ne cesse ainsi de s'étendre, alors n'hésitons pas à changer nos habitudes et jardinons écologique !
PATRICIA BALDi
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